lundi 13 mai 2013

Comment communiquer et valoriser les ressources numériques en bibliothèque ?
Annelise Gakalla Bourdier13.5.13 4 commentaires

Internet et ses ressources offre tout un éventail de possibilités aux bibliothèques soucieuses d’élargir leur offre documentaire et de proposer à leurs usagers de nouveaux services en ligne. Hélas, force est de constater qu’il n’est pas toujours évident de faire vivre et rendre attractif ses ressources dématéralisées. Si la toile donne ce sentiment de tout à porté de clic, tout gratuit, et tout disponible tout de suite, cela n’est pas forcement vrai. Il faut savoir que certains éditeurs font payer à prix d’or leurs services aux bibliothèques. Autoformation, encyclopédies, musiques, livres ou vidéos en ligne, nombreuses sont les possibilités mais toutes sont loin d’être gratuites... Aussi les bibliothèques sont-elles contraintes de souscrire à des abonnements extrêmement coûteux pour une “rentabilité” douteuse. Si ces établissements culturels sont loin de la sphère marchande et des objectifs de rendements, quoi de plus frustrant que de payer pour un service si peu exploité par les usagers. Surtout lorsque l’on sait que souvent ces ressources sont sous-exploitées par le personnel lui-même ! Faute de temps, de formation et parfois, (et beaucoup) par manque d’habitude. Mais le résultat final reste identique : ces ressources sont sous-utilisées.

Comment y remédier ? Pour moi, la réflexion à mener tourne principalement autour de ces trois mots-clés : communication, valorisation et médiation. Tout l’enjeu est d’arriver à faire connaitre ces ressources, les rendre visibles et accessibles. Comment procéder ? Concrètement, je pense que l’on peut orienter la réflexion vers trois grand axes : 
  • Mettre en oeuvre une valorisation “physique” de ces ressources. C’est-à-dire trouver des moyens et outils pour rendre visibles ces ressources numériques qui par définition sont invisibles puisque immatérielles. L’objectif est de les rendre existantes, pour les porter à la connaissance de l’usager.
  • Mettre en oeuvre une valorisation en ligne. 
  • Développer une médiation pour faire la promotion des ressources numériques, favoriser leur découverte et leur appropriation par le public.
Le tout ayant pour fil rouge une stratégie de communication commune à l’ensemble de ces démarches. 

1/ Déployer une stratégie de communication.

Sans communication, vous avez zéro chance d’arriver à faire adopter toutes vos belles ressources par vos usagers. Nombre de bibliothèques en ont fait l’amère expérience. Si aucun effort est déployé en terme de communication, vous pouvez être sûr et certain que vos ressources resteront totalement méconnues, inutilisées et donc totalement inutiles. Article dans le journal local, flyers et affiches diffusées au sein de la médiathèque (mais aussi et surtout à l’extérieur !). Pour arriver à les faire connaitre, tous les moyens sont bons !

Pour sortir tout cet arsenal d’outils de communication, rien de tel que la définition en amont d’une identité pour ces ressources. Suivant l’optique choisie cela pourra être une identité “médiathèque numérique”, “ressources numériques” ou autre...Peu d’établissement ont fait ce choix, et à leur décharge il faut souligner combien le terme “ressource numérique” apparait comme un mot barbare aux oreilles de notre cher public. Car il s’agit là de jargon professionnel qui ne parle qu’à nous (le terme de ressources en ligne passe déjà mieux...). Aussi la première difficulté est-elle déjà d’arriver à communiquer sur une expression dont peu de monde va être en capacité de saisir la subtilité ou d’en trouver une autre plus parlante. C’est là que repose tout le défi de l’image qui va accompagner l’expression. Il ne faut jamais sous-estimer le visuel ! 

On peut donner les exemples des médiathèques de Plaine Commune. 
Même si ce visuel est un peu trop “flashy” à mon goût (mais les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas...), et que je trouve que le côté arobase et curseur de souris commence à être un peu dépassé, au moins il a le mérite d’être explicite. En voyant cette image, on s’attend à quelque chose en rapport avec la médiathèque et avec l’informatique/l’internet.
J’ai aussi un peu des doutes sur le choix du terme “TIC” (Technologie de l’Information et la Communication), car je ne suis pas certaine que ce terme soit vraiment adapté à du grand public, mais on ne va pas pinailler...

Autre exemple, le logo de la BDP du Calvados.
Selon moi, ce visuel est une réussite. Il a réussi, par le biais de l’expression “la boite numérique”, à retranscrire l’idée d’un contenant regroupant “le tout numérique”. 
Symbolisé par la boite de conserve connectée (via le câble ethernet), on voit différentes petites vignettes en sortir. Vignettes qui ne sont pas sans rappeler le visuel dédié aux applications smartphones. On identifie ainsi de la musique, de la recherche, de  l’information, du calcul, de l’achat en ligne (?!)... Même si en réalité il ne se cache derrière “que” Vodéclic (formation informatique), Toutapprendre (autoformation) et Médiathèque Numérique (VOD), l’intérêt de ce logo demeure en sa pérennité. Si un jour la BDP acquière d’autres ressources d’un tout autre style (encyclopédie, jeux, livres en ligne etc), ils seront tout à fait représentés par ce visuel.

Le dépliant ou la brochure de présentation des ressources numériques (selon les moyens) me semble indispensable ! Au moment de l’inscription, tout comme il est essentiel pour le lecteur de repartir avec un doc lui récapitulant à combien de prêts il a droit et pour combien de temps, d’avoir une info sur les animations proposées par la médiathèque etc, les ressources numériques doivent être mentionnées et présentées ! A sa première visite, l’usager doit absolument avoir une vue d’ensemble des différents services proposés par la médiathèque, qu’ils soient sur place ou à distance !  Ce « Guide de la bibliothèque numérique » indiquerait les noms des ressources avec leur logo, une courte présentation du contenu, le mode de consultation (sur place/à distance, streaming/téléchargement), les modalités d'inscription et un contact (mail, numéro de téléphone) pour avoir  plus  d'informations.

L’entrée par thématique (cinéma, musique, livres, presse, informations, enfants) m’a semblé plutôt pertinente. Car finalement, ce qui intéresse le public, ce n’est pas de savoir que vous proposez Toutapprendre, Numilog et compagnie ; mais bel et bien que vous proposez un service d’autoformation et de livres en ligne !

Autre possibilité, fidèle allié du livre et du bibliothécaire, le marque-page. A Fontenay-sous-bois, il est régulièrement utilisé pour faire la promotion des actions culturelles, mais cette fois-ci coup de projecteur sur les ressources en ligne !


2/ Rendre matériel l’immatériel.

> Une valorisation “physique”

La principale difficulté dans la communication et la valorisation de ces ressources réside dans sa dématérialisation. Comment faire voir, faire toucher du doigt, des choses qui n’existent pas physiquement, qui sont invisibles ? A mon avis, tout simplement en leur rendant un peu de matérialité. Et par chance, cette entreprise ne prend pas beaucoup de place !

Concernant les ressources de presse, de livres numériques ou de vidéos en ligne, le principe est le même : insérer des fantômes dans vos collections !

Pastille sur les documents physiques indiquant leur existence en ligne, jaquette de films, première de couverture de livres, première page d’une revue,  etc. Le tout accompagné d’un QR Code renvoyant directement vers ledit document. L’idée est de faire apparaitre à vos usagers que d’autres ressources s’ajoutent à celles présentes sous son nez.
UCI Libraries - Université de Californie 
L’intérêt du CR code : c’est simple à créer, personnalisable (par exemple sur http://www.visualead.com/), gratuit et ça cible tout à fait le public susceptible de s’intéresser à des ressources numériques. La limite étant qu’il faut être réaliste, l’usage de QR code peine à trouver ses marques en France. Du coup c’est encore passer à côté de toute une frange de notre public, y compris celui qui pourrait être très intéressé par ces ressources ! C’est une piste, mais pas totalement satisfaisante. A moins de former notre public en parallèle à l’usage du smartphone et des applications de lecteur de QR Code. Et pourquoi pas ? A qui la chasse au trésor dans la médiathèque ?! 

D’autres options sont tout à fait envisageables.

La liseuse ou tablette dans l’espace, à disposition des lecteurs sur lesquelles les professionnels auraient opéré au préalable une sélection de ressources. 
Médiathèque d’Alfortville
Des postes de visionnage pour profiter sur place de l’offre de vidéo à la demande
Bibliothèque du Chesnay
Des postes informatiques dédiés exclusivement à l’utilisation des ressources en ligne.
Dans le cas des grosses structures, pourquoi ne pas dédier l’usager de certains postes informatiques à l’utilisation exclusive de ressources numériques précises ? C’est souvent le cas pour la ressource de la Cité de la Musique dont on retrouve un poste réservé en espace musique, mais cela peut être moins évident pour d’autres ressources.

A Fontenay-Sous-Bois par exemple, on trouve un poste dédiée à l’usage de la presse en ligne. Pour cela, il est proposé un univers Netvibes qui recense les différents abonnements numériques souscrit par la médiathèque. L’usager peut alors s’installer et consulter la revue de son choix.

A titre personnel, je privilégierai aujourd’hui Feedly à Netvibes. Pour la simple et bonne raison que je trouve qu’en terme de présentation et d’ergonomie du site, Feedly est bien plus moderne et design que Netvibes. Pour moi, l'esthétisme de Netvibes laisse de plus en plus à désirer. C’est comme s’il avait à peine évolué au cours de ces dernières années. Feedly a le mérite de permettre différents affichages au choix (affichage en vignettes, des titres seules, des premières lignes etc) et de correspondre davantage aux nouveaux standards graphiques du web.

Situé dans l’espace Presse de la médiathèque, espace fortement fréquenté, ce poste informatique est pourtant très peu utilisé. Pourquoi ? Car situé à côté de deux autres postes (un catalogue et un accès internet), aucune distinction n’est faite entre ces trois ordinateurs. Il est essentiel de travailler sur une identité visuelle qui permette à l’usager de tout de suite identifier le service proposé. C’est le cas par exemple à la médiathèque Emile Zola de Montpellier qui dresse un petit fanion rouge “presse en ligne” au-dessus du poste concerné (malheureusement je n’ai pas réussi à trouver de photo en ligne pour l’illustrer). Mais cela pourrait être un logo (le même que défini précédemment), une fiche explicative à côté du poste, une “étiquette” placée sur le rebord supérieur de l’écran etc.

Il me semble essentiel de “contextualiser” ces ressources. De proposer des ressources qui soient en lien avec l’espace physique dans lequel l’usager se trouve. Qui s’attendrait à trouver une livre d’aide à la rédaction de lettre de motivation au rayon jeunesse par exemple ? Personne. Il faut proposer des parcours logiques.

Cependant, même si je suis moins convaincue par sa pertinence, on pourrait tout à fait imaginer de proposer un poste “Médiathèque numérique” qui proposerait un accès à l’ensemble des ressources en ligne offertes par l’établissement. Par contre, dès lors se pose la question de la forme sous laquelle les présenter. Est-ce un fond d’écran, des raccourcis présents sur le bureau, une page d’accueil spéciale à l’ouverture du navigateur … ?

A Cergy, j’avais proposé l’idée suivante : mettre sur les différents postes informatiques de l’espace multimédia un fond d’écran qui pointe sur les différents services proposés par la bibliothèque. Il ne fut malheureusement pas déployé pour cause de difficultés techniques, mais je pense que cela reste une proposition intéressante et toujours plus pertinente que le traditionnel fond bleu ...

Exemple de fond d'écran à mettre sur les postes informatiques publics
L’idée étant, bien évidemment, de placer à chaque bout de flèches le raccourci correspondant. L’espace situé sur le côté gauche de l’image étant libéré pour les raccourcis traditionnellement disposé à gauche de l’écran (corbeille, dossiers, word, excel ... tout ce que vous voulez ! ).

> Une valorisation “en ligne” 

Apporter une visibilité dans le catalogue en ligne
Même si le catalogue en ligne reste clairement peu utilisé par le public (ne pas sous-estimer la pratique du butinage), il reste pour le bibliothécaire le premier point d’entrée pour une recherche documentaire. A défaut de signaler à l’usager l’existence de telle ou telle ressource en version dématérialisée, faire apparaitre cette mention sur le catalogue aura au moins pour intérêt de le signaler au professionnel qui pourra ensuite transmettre l’information au lecteur !

Ex BM Rennes et Grenoble qui intègrent dans la recherche par type de document, la possiblité de filtrer par  “ressource numérique”, “livre numérique”, “vidéo en ligne” etc.


Exemple du catalogue de la BM de Grenoble
Exemple du catalogue de la BM de Rennes
Apporter une visibilité sur le portail.
Pour cela, je vois deux entrées possibles, mais toutes deux ont leurs avantages et inconvénients.

Partant du principe qu’il est essentiel de leur donner le maximum de visibilité sur le site, l’idéal est donc de les faire apparaître dès la page d’accueil. Mais comment ? Deux options : les regrouper dans une rubrique généraliste du type “Médiathèque Numérique” / “Ma médiathèque en ligne” ou bien proposer une entrée thématique.

A Cergy, par exemple, c’est cette première option qui a été retenu. L’intérêt : tout y rentre ! Au fur et à mesure des nouvelles acquisitions numériques, on peut aisément les rajouter à l’offre existante. 
Portail des médiathèques de Cergy
Sur le site de la médiathèque de Fontenay-sous-Bois, par contre, c’est la deuxième option qui a été retenu.
Portail de la médiathèque Louis Aragon de Fontenay-sous-bois
Le point fort de cette approche : la visiblité est telle que les pages “catalogue, livres numériques, musiques en ligne et vidéos en ligne” font parties des 10 pages plus visitées du site ! 
Le point faible : qu’en advient-il le jour où des ressources autres que livres, musique et vidéos sont acquises ? Où placer les ressources d’autoformation, de presse en ligne ? Trop de vignettes par type de ressources risquent de nuire à leur communication.

Apporter une visibilité sur les réseaux sociaux.
La présence sur les réseaux sociaux est un point d’entrée stratégique chez votre usager. Il faut rappeler qu’en 2012, Facebook n°1 des réseaux sociaux, comptait 26 millions d'utilisateurs actifs qui y consacraient plus de 5 heures par mois. Aussi la médiathèque a-t-elle tout intérêt à avoir sa propre page pour profiter de ce canal comme moyen de communication et d’informations sur ses diverses activités, ses services et ses collections. Attention bien sûr à respecter un certain quota de publication pour ne pas noyer  “le fan” de post sous peine d’être supprimé de son flux d’actualité.
A lire au sujet des utilisations faites des pages Facebook par les bibliothèques (municipales, universitaires ou BDP) les billets du blog Livre-Arbitre qui proposent un tour d’horizon des différentes pages existantes.

Dans le cas qui nous intéresse, il me semble que l’intérêt de la page Facebook est de pouvoir mettre un coup de projecteur, à un instant T, sur une des possibilités offertes par nos ressources numériques. Il s’agit de mettre en avant un contenu, de mettre l’accent sur un centre d’intérêt défini en partant du contenu à proposer (et non de la ressource elle-même qui n’est qu’un vecteur de transmission du contenu).

3/ Développer une médiation

A l’instar des temps forts autour du support livre (rencontre d’auteurs, lecture à voix haute) du CD (concert, atelier musical) ou du DVD (projection, débat) ; les ressources numériques se doivent également d’avoir un temps défini au sein de la programmation de l’action culturelle dans l’établissement. 
Cela peut prendre différentes formes. 

Des temps de présentation et de découverte, comme à la bibliothèque du Chesnay par exemple qui organise des “Petit déj’ numérique”.

Cela peut-être aussi des temps de formation, dans le cadre d’ateliers informatiques comme au sein de la médiathèque André Malraux à Strasbourg.


Ou celle de Béziers


Pour conclure, je dirai que bien sûr il s’agit ici de tirer une liste non exhaustive des moyens et outils qui sont à notre disposition pour faire connaitre les ressources numériques à nos publics. Il y en a certainement beaucoup d’autres. Toutefois, la liste est déjà suffisamment longue et lourde de conséquences en terme de changement d’habitude de travail. Il me semble en effet que la clé de la réussite pour mener à bien cette mission, est avant tout une appropriation et une maîtrise par le personnel lui-même de ces ressources. C’est la condition sine qua non pour qu’il soit en mesure de les porter et communiquer à leur sujet. Cette condition n’étant pas toujours évidente à respecter pour différentes raisons inhérentes au fonctionnement même de nos structures. Cependant, l’exposé ci-dessus démontre une chose : valoriser nos ressources numériques et les faire connaitre n’est pas une mission impossible ! Par de petites actions par-ci par-là, des coups de projecteur de-ci de là, cela devient réalisable. Il suffit de créer du mouvement et de l’interaction autour de nos ressources. Mais rien de nouveau sous le soleil, c’est tout comme on ne s’est jamais contenté de poser un livre sur une étagère...

4 commentaires:

  1. Re-Merci! Article complet et intéressant en vue de la masse de taf qui s'annonce à Arcueil Médiathèque City.
    ((Du coup, si j'avais su, je n'aurai pas pris de notes jeudi matin...))
    @bientôt!
    H.

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  2. c'est le top! merci pour cette synthèse qui me sera très utile!

    B

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  3. Bonjour,
    éditrice en ligne spécialisée en archéologie, http://archeo-editions.com/, je cherche à me faire connaître des biblothèques, médiathèques et autres points d lecture.
    Auriez-vous un conseil ?
    En tout cas, bravo pour cet article qui est consulté en nombre et apprécié sur ma page Facebook
    https://www.facebook.com/pages/Arch%C3%A9o-%C3%A9ditionscom/565609296823929
    Nos publications sont pointues mais c'est aussi un pari que de rendre les connaissances universitaires accessibles à tous. Et puis nous avons d'autres projets en tête ;)

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    1. Bonjour Pascale,

      tout d'abord merci pour votre compliment et merci d'avoir partagé mon article sur votre page Facebook.

      J'imagine combien cela peut-être difficile de toucher le monde des bibliothèques. L'approche de présence sur les réseaux sociaux me semble pertinente pour se faire connaitre, peut-être aussi serait-il intéressant de guetter les journées d'études organisées par la profession pour se greffer à l'une d'elles se rapprochant de vos sujets d'études ?

      En tous les cas je vous souhaite une bonne continuation dans votre démarche et serai curieuse de voir la réalisation de vos autres projets en tête!

      Annelise

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